Sculpture: François Kinder

François Kinder a tout quitté pour ne vivre que "pour ce qui compte", son art, auquel il a sacrifié ses oripeaux d'homme social pour aller aux profondeurs de l'émotion chez le spectateur, au travers de son travail de sculpteur.

En butte à ses propres peurs, les vraies, les profondes, il a un jour pris la décision de les affronter: peur de ne plus avoir d'argent, peur de n'être plus rien, peur de trouver trop vite ses propres limites. Il s'est placé dans une situation de dénuement total (au sens strict du terme, c'est à dire plus de toit, plus d'argent, plus de place sociale) et s'est attaché à répondre à l'équation suivante: "Qu'est-ce que l'on peut continuer à faire quand on n'a plus rien?".

C'est la forêt, lieu des peurs enfantines s'il en est, qui lui a donné les clefs de sa renaissance. Tous les jours, il allait s'y promener, se laissant heurter par la nature "sa puissance, avec laquelle personne ne peut rivaliser car elle est la perfection absolue" et le lieu de peur s'est mué en lieu de sécurité.

"Je n'avais plus aucun projet, c'est-à- dire que je ne savais pas à l'avance ce que j'allais faire. Picasso disait qu'il ne cherchait pas, qu'il trouvait, moi, je ne trouve pas, je cherche. J'ai accepté de me perdre sur ces chemins, de ressentir la perte, réelle et symbolique et d'agir avec le milieu, d'exister en écoutant, en regardant, en transformant."

Depuis, l'environnement dicte à Kinder.

Une première approche de son travail pourrait laisser penser que son oeuvre est proche de l'ethnologie (logique pour un sociologue de formation). "Pas du tout, répond-il, je construis des choses qui m'échappent", toujours sur le thème qui l'obsède, la peur primale, celle de l'abandon.

Dans la forêt, il navigue dans le corps de mère nature. Il est réadopté, plongé dans la matrice.

S'il ne sait pas ce qu'il dit exactement avec son travail plastique "et à la fois peu importe du moment que l'échange émotionnel peut fonctionner d'une façon ou d'une autre", ses sculptures accèdent directement, et avec puissance, à l'émotion chez l'autre.

Il n'y a pas de mots dans l'art de François Kinder, pas plus que son travail ne nécessite de passage au langage pour se comprendre: tout est dans l'émotion, dans le ressenti.

Osez vous y plonger..