Photo: Charlotte DuVivray

Il était une fois une petite fille prénommée Charlotte.

Sa maman était un tout petit bout de femme, un peu pipelette, qui brodait des mots à longueur de journée avec d’interminables fils d’encre sur des dentelles de papier.

Son papa était un géant, doté d’un gros œil tout écarquillé. Il partait le matin chasser les images et revenait le soir, la besace pleine de beautés qu’il mettait à sécher entre les pages d’un gros cahier.

Ils habitaient dans une vieille maison entourée de champs et de forêts, d’une rivière et d’un étang. Le jardin n’avait pas de clôture : chacun – hommes et animaux – pouvait y entrer et en sortir à sa guise. Les visages de pierre grise de la façade – dont les bouches restaient muettes – se chargeaient de maintenir à l’écart les mécréants en les toisant d’un œil glacé.

Lorsque le temps était maussade, Charlotte se plongeait avec délectation dans les livres qui la fascinaient : contes de fées (pleins d’aventure, de magie et d’animaux qui parlent), récits d’explorateurs (qui vous emmènent avec eux au fond des mers, au cœur des jungles ou sur les banquises), livres sacrés (pleins de rituels magiques, de sang et de dorures), traités de botanique et de zoologie…

Lorsque les nuages se dissipaient, Charlotte enfilait ses bottes et partait toute seule rêver, le nez dans l’herbe, aux petits êtres qui peuplent les prairies et chevauchent les vers de terre, aux sirènes des marécages qui chantent dans les roseaux et aux écureuils qui prennent le thé dans leur salon perché.

Charlotte aimait beaucoup cette vie, faite de lectures et de rêveries, mais un jour les grandes personnes décidèrent de venir l’enquiquiner…

« Que veux-tu faire quand tu seras grande ?

—Peintre ! Égyptologue ! Médecin sans frontière ! Exploratrice ! Écrivain !

—Mais tu n’as qu’une seule vie : il faut choisir ! »

Une seule vie ? Quelle injustice…

Alors Charlotte se décida à aller à l’école. Mais pas n’importe laquelle : l’école de l’art et l’école du livre, pour rester libre. Libre d’inventer sa vie et de s’inventer elle-même, libre de rêver en restant éveillée, libre de voyager en restant immobile, libre de partir en quête du sacré en empruntant ses propres chemins, libre de faire semblant, libre d’avoir cent vies.

De même que « le croyant sans dieu est condamné à écrire lui-même son propre livre » (Michel Melot, Livre), la petite fille qui n’avait qu’une seule vie fut condamnée à inventer toutes les autres.

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Charlotte DuVivray ? Poétesse de l'image, photographe, illustratrice... 

Prenez sa main, le chemin est joli.