Peinture: Frédéric Guillet

C’est en analysant sa fascination pour les têtes sculpturales de Modigliani ainsi que pour les œuvres dites «primitives» de Picasso et Basquiat que le travail de recherches plastiques du peintre Frédéric Guillet s’est orienté vers les Arts Premiers africains. En s’initiant puis en approfondissant certaines ethnies, il découvre le sens et l’extrême richesse de leurs langages. Même si ces pièces sont issues d’un passé parfois lointain, il en ressent une dimension très contemporaine. Son travail de recherche se situant principalement sur la forme et les lignes, à travers les portraits et les postures, son regard s’est posé naturellement sur les masques et les statues africaines.

Parallèlement, Fredéric Guillet est issu d’une culture occidentale. Depuis ses études aux Beaux-Arts, ses références artistiques sont plutôt celles de l’Art Moderne, du Pop Art à la Figuration Libre. Aussi, souhaite-t-il placer son langage entre ces mondes, comme une passerelle entre les Arts Premiers et l’Art Contemporain. C’est une invitation à la découverte réciproque entre les cultures, entre le passé et le présent, entre l’expression sculpturale et picturale.

Ses premières toiles ont permis de définir son univers de travail et de poser son langage. A partir d’un important travail de recherches iconographiques sur les différentes ethnies, il choisit les pièces qui sont principalement des statues d’ancêtres ou commémoratives, comme des modèles humains dont il souhaite «tirer le portrait». Il essaie de comprendre l’histoire et le vécu de chaque pièce, leur contexte de création et leur usage, d’en saisir le sens et la signification, de percevoir leur dimension spirituelle. Dépourvues de leurs volumes, il les représente fidèlement dans un environnement minimaliste pour mieux en révéler les lignes et les formes par un halo de lumière. Les êtres sont volontairement uniformisés dans un gris neutre afin d’en faire ressortir les particularités. La matière est occultée et n’est que partiellement suggérée. Les couleurs originaires de pigments naturels ou synthétiques, se déclinent de manière quasiment monochrome sur chaque tableau et contrastent nettement avec la densité du noir. Les statues, déjà considérées comme des icônes, semblent poser et peuvent parfois communiquer entre elles. Ainsi représentées, l’échelle du temps s’efface et les statues des Arts Premiers s’inscrivent dans une autre dimension en s’invitant dans le monde d’aujourd’hui. 

Pour les spécialistes d’Arts Premiers, ces tableaux sont l’occasion de découvrir les pièces sous un angle différent, avec une nouvelle perception liée à la représentation picturale. Ces tableaux créent une rupture avec les représentations traditionnellement photographiques qui illustrent, de manière standardisée, les catalogues de vente et d’exposition. A travers ses toiles, le peintre donne une nouvelle lecture de ces chefs-d’œuvre et les place dans une dimension picturale contemporaine. Il s’établit ainsi un dialogue, une connexion directe entre l’Art sacré des anciennes ethnies africaines et la peinture contemporaine. Cette démarche constitue une passerelle culturelle qui sort les pièces de leur contexte habituellement très confiné et leur ouvre la perspective de nouvelles voies de communication.

Au-delà de la représentation picturale, chaque statue raconte une histoire. Ces histoires sont celles des peuples d’Afrique dont les croyances permettaient de s’adresser aux esprits et aux ancêtres. Il est question de rituels, de spiritualité, de pouvoir sacré, mais aussi d’identité pour les nouvelles générations. Cela nous interroge aussi sur l’histoire contemporaine, en abordant particulièrement le sujet de la restitution des œuvres d’art à leur pays d’origine. Représenter les Arts Premiers dans une dimension contemporaine, c’est donner l’envie d’écouter l’histoire des peuples en partageant leurs cultures.

Un lien éclairant et coloré entre passé et présent..